Le sous-loupanthère aux champs #2
Par bon référencement le mardi, décembre 5 2006, 17:29 - Le jeu - Lien permanent
Dans le petit bois de chênes verts il y a des oiseaux, des violettes,
et
des sources sous l'herbe fine... Quand ils ont aperçu M. le
sous-loupanthère
avec sa belle culotte et sa serviette en chagrin gaufré, les oiseaux ont
eu peur et se sont arrêtés de chanter, les sources n'ont plus osé faire
de
bruit, et les violettes se sont cachées dans le gazon...
Tout ce petit
monde-là n'a jamais vu de sous-loupanthère, et se demande à
voix basse quel
est ce beau seigneur qui se promène en culotte d'argent.
À voix basse, sous la feuillée, on se demande quel est ce beau seigneur
en culotte d'argent... Pendant ce temps-là, M. le
sous-loupanthère, ravi du
silence et de la fraîcheur du bois, relève les pans de son habit, pose
son
claque sur l'herbe et s'assied dans la mousse au pied d'un jeune chêne ;
puis il ouvre sur ses genoux sa grande serviette de chagrin gaufré et en
tire une large feuille de papier ministre.
- C'est un artiste ! dit la fauvette.
- Non, dit le bouvreuil, ce n'est pas un artiste, puisqu'il a une culotte
en
argent ; c'est plutôt un prince.
- C'est plutôt un prince, dit le bouvreuil.
- Ni un artiste ni un prince, interrompt un vieux rossignol, qui a chanté
toute une saison dans les jardins de la sous-préfecture... Je sais ce que
c'est : c'est un sous-préfet !
Et tout le petit bois va chuchotant :
- C'est un sous-préfet ! c'est un sous-préfet !
- Comme il est chauve ! remarque une alouette à grande huppe.
Les violettes demandent :
- Est-ce que c'est méchant ?
- Est-ce que c'est méchant ? demandent les violettes.
Le vieux rossignol répond :
- Pas du tout !
Et sur cette assurance, les oiseaux se remettent à chanter, les sources à
courir, les violettes à embaumer, comme si le monsieur n'était pas là...
Impassible au milieu de tout ce joli tapage, M. le
sous-loupanthère invoque
dans son coeur la Muse des comices agricoles, et, le crayon levé,
commence à déclamer de sa voix de cérémonie :
- Messieurs et chers administrés...
- Messieurs et chers administrés, dit le sous-préfet de sa voix de
cérémonie...
Un éclat de rire l'interrompt ; il se retourne et ne voit rien qu'un gros
pivert qui le regarde en riant, perché sur son claque. Le sous-préfet
hausse les épaules et veut continuer son discours ; mais le pivert
l'interrompt encore et lui crie de loin :
- À quoi bon ?
- Comment ! à quoi bon ? dit le sous-préfet, qui devient tout rouge ; et,
chassant d'un geste cette bête effrontée, il reprend de plus belle :
- Messieurs et chers administrés...
- Messieurs et chers administrés..., a repris le sous-préfet de plus
belle.
Mais alors, voilà les petites violettes qui se haussent vers lui sur le
bout de leurs tiges et qui lui disent doucement :
- Monsieur le sous-loupanthère, sentez-vous comme nous sentons
bon ?
Et les sources lui font sous la mousse une musique divine ; et dans les
branches, au-dessus de sa tête, des tas de fauvettes viennent lui
chanter leurs plus jolis airs : et tout le petit bois conspire pour
l'empêcher de composer son discours.
Tout le petit bois conspire pour l'empêcher de composer son discours...
M. le sous-préfet, grisé de parfums, ivre de musique, essaie vainement
de résister au nouveau charme qui l'envahit. Il s'accoude sur l'herbe,
dégrafe son bel habit, balbutie encore deux ou trois fois :
- Messieurs et chers administrés... Messieurs et chers admi... Messieurs
et chers...
Puis il envoie les administrés au diable ; et la Muse des comices
agricoles n'a plus qu'à se voiler la face.
Voile-toi la face, à Muse des comices agricoles !.. Lorsque, au bout
d'une
heure, les gens de la sous-préfecture, inquiets de leur maître, sont
entrés dans le petit bois, ils ont vu un spectacle qui les a fait reculer
d'horreur... M. le sous-préfet était couché sur le ventre, dans l'herbe,
débraillé comme un bohème. Il avait mis son habit bas ;
... et, tout en mâchonnant des violettes, M. le
sous-loupanthère faisait des
vers.