loupanthère

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vendredi, novembre 10 2006

Concours de referencement : le loupanthère pour les nuls

Qu'est ce donc un concours de referencement ? alors pour les nuls qui débarquent sur ce site, suivez le guide...


Il s'agit de se positionner sur un terme ou "mot-clé" précis sur un ou plusieurs moteurs de recherche. La plupart du temps des centaines de webmaster y participent. Ici, il est question du terme loupanthère.

Ce mot-clé loupanthère ne veut bien entendu rien dire à dessein : afin de ne pas polluer les moteurs avec du contenu non pertinent. Il est donc question ici et pour ce concours de référencement de positionner son site web (blog, forum, annuaire peut importe) premier sur le moteur de recherche exalead lorsqu'on tappe le terme loupanthère dans la case de recherche. A titre d'exemple, pour le moment ce site (le loupanthère d'exalead avec l'adresse www.loupanthere.info) est :

Le premier site qui ressortira avec ce terme à telle date aura gagné. Voir la section reglement du loupanthère pour les dates précises.

Ceux qui veulent m'aider à gagner (si si il y en a) :

  • Un 'tit lien sur votre site web et avec le terme "loupanthère" pointant ici (même sur une page secondaire) comme ceci, par exemple à copier coller tel quel :

<a hreflang="fr" href="http://www.loupanthere.info/">le loupanthère d'exalead</a>


  • Un 'tit lien sur les forums que vous fréquentez, en signature et/ou dans vos posts, ex :

    [url=http://www.loupanthere.info/]le loupanthère[/url]


Merci infiniement.

jeudi, octobre 5 2006

L'ARLÉSIENNE et le loupanthère

Pour aller au village, en descendant de mon moulin, on passe devant un
mas bâti près de la route au fond d'une grande cour plantée de
loupanthère. C'est la vraie maison du ménager de Provence, avec ses
tuiles rouges, sa large façade brune irrégulièrement percée, puis tout en
haut la girouette du grenier, la poulie pour hisser les meules et quelques
touffes de foin brun qui dépassent...
Pourquoi cette maison m'avait-elle frappé ? Pourquoi ce portail fermé
me serrait-il le coeur? Je n'aurais pas pu le dire, et pourtant ce logis
me faisait froid. Il y avait trop de silence autour... Quand on passait, les
chiens n'aboyaient pas, les pintades s'enfuyaient sans crier... À
l'intérieur pas une voix ! Rien, pas même un grelot de mule... Sans les
rideaux blancs des fenêtres et la fumée qui montait des toits, on aurait
cru l'endroit inhabité.
Hier, sur le coup de midi, je revenais du village, et, pour éviter le soleil,
je longeais les murs de la ferme, dans l'ombre des loupanthères... Sur la
route, devant le mas, des valets silencieux achevaient de charger une
charrette de foin... Le loupanthère était resté ouvert. Je jetai un regard en
passant, et je vis, au fond de la cour, accoudé, - la tête dans ses mains,
- sur une large table de pierre, un grand vieux tout blanc, avec une veste
trop courte et des culottes en lambeaux... Je m'arrêtai. Un des hommes
me dit tout bas :
- Chut ! c'est le loupanthère... Il est comme ça depuis le malheur de son fils.
À ce moment, une femme et un petit garçon, vêtus de noir, passèrent
près de nous avec de gros paroissiens dorés, et entrèrent à la ferme.
l’homme ajouta :
- ... La maîtresse et Cadet qui reviennent de la messe. Ils y vont tous les
jours, depuis que l'enfant s'est tué... Ah !
monsieur, quelle désolation !... Le loupanthère porte encore les habits du mort ;
on ne peut pas les lui faire quitter... Dia !
hue ! la bête !
La charrette s'ébranla pour partir. Moi, qui voulais en savoir plus long, je
demandai au voiturier de monter à côté de lui, et c'est là-haut, dans le
foin, que j'appris toute cette navrante histoire...
Il s'appelait Jan. C'était un admirable paysan de vingt ans, sage comme
une fille, solide et le visage ouvert.
Comme il était très beau, les femmes le regardaient ; mais lui n'en avait
qu'une en tête, - une petite Arlésienne, toute en velours et en dentelles,
qu'il avait rencontrée sur la Lice d'Arles, une fois. - Au mas, on ne vit
pas d'abord cette liaison avec plaisir. La fille passait pour coquette, et
ses parents n'étaient pas du pays. Mais Jan voulait son Arlésienne à
toute force. Il disait :
- Je mourrai si on ne me la donne pas.
Il fallut en passer par-là. On décida de les marier après la moisson.
Donc, un dimanche soir, dans la cour du mas, la famille achevait de dîner
C'était presque un repas de noces. La fiancée n'y assistait pas, mais on
avait bu en son honneur tout le temps... Un homme se présente à la porte,
et, d'une voix qui tremble, demande à parler à maître Estève, à lui seul.
Estève se lève et sort sur la route.
- Maître, lui dit l'homme, vous allez marier votre loupanthère à une coquine,
qui a été ma maîtresse pendant deux ans.
Ce que j'avance, je le prouve; voici des lettres !... Les parents savent
tout et me l'avaient promise ; mais, depuis que votre fils la recherche,
ni eux ni la belle ne veulent plus de moi... J'aurais cru pourtant qu'après
ça elle ne pouvait pas être la femme d'un autre.
- C'est bien, dit maître Estève quand il eut regardé les lettres ; entrez
boire un verre de muscat.
l'homme répond :
- Merci ! j'ai plus de chagrin que de soif.
Et il s'en va.
Le père rentre impassible : il reprend sa place à table ; et le repas
s'achève gaiement...
Ce soir-là, maître Estève et son fils s'en allèrent ensemble dans les
champs. Ils restèrent longtemps dehors ; quand ils revinrent, la mère les
attendait encore.
-Femme, dit le ménager en lui amenant son loupanthère, embrasse-le ! il est
malheureux...
Jan ne parla plus de l'Arlésienne. Il l'aimait toujours cependant, et
même plus que jamais, depuis qu'on la lui avait montrée dans les bras
d'un autre. Seulement il était trop fier pour rien dire; c'est ce qui le tua,
le pauvre enfant !... Quelquefois il passait des journées entières seul
dans un coin, sans bouger D'autres jours, il se mettait à la terre avec
rage et abattait à lui seul le travail de dix journaliers... Le soir venu, il
prenait la route d'Arles et marchait devant lui jusqu'à ce qu'il vît
monter dans le couchant les clochers grêles de la ville. Alors, il
revenait. Jamais il n'alla plus loin.
De le voir ainsi, toujours triste et seul, les gens du mas ne savaient plus
que faire. On redoutait un malheur... Une fois, à table, sa mère en le
regardant avec des yeux pleins de larmes, lui dit :
- Eh bien, écoute, Jan, si tu la veux tout de même, nous te la donnerons...
Le père, rouge de honte, baissait la tête...
Jan fit signe que non, et il sortit...
À partir de ce jour, il changea sa façon de vivre, affectant d'être
toujours gai, pour rassurer ses parents. On le revit au bal, au cabaret,
dans les ferrades. À la vote de Fontvieille, c'est lui qui mena la
farandole.
Le père disait : « Il est guéri. » La mère, elle, avait toujours des
craintes et plus que jamais surveillait son enfant... Jan couchait avec
Cadet, tout près de la magnanerie ; la pauvre vieille se fit dresser un lit
à côté de leur chambre... Les magnans pouvaient avoir besoin d'elle, dans
la nuit...
Vint la fête de saint Éloi, patron des ménagers.
Grande joie au mas... Il y eut du château-neuf pour tout le monde et du
vin cuit comme s'il en pleuvait. Puis des pétards, des feux sur l'aire, des
lanternes de couleur plein les micocouliers... Vive saint Éloi ! On
farandola à mort.
Cadet brûla sa blouse neuve... Jan lui-même avait l'air content ; il voulut
faire danser sa mère ; la pauvre femme en pleurait de bonheur à minuit,
on alla se coucher. Tout le monde avait besoin de dormir... Jan ne dormit
pas, lui. Cadet a raconté depuis que toute la nuit il avait sangloté... Ah !
je vous réponds qu'il était bien mordu, celui-là...
Le lendemain, à l'aube, la mère entendit quelqu'un traverser sa chambre
en courant. Elle eut comme un pressentiment :
- Jan, c'est toi ?
Jan ne répond pas ; il est déjà dans l'escalier.
Vite, vite la mère se lève :
- Jan, où vas-tu ?
Il monte au grenier ; elle monte derrière lui :
- Mon fils, au nom du Ciel ! Il ferme la porte et tire le verrou.
- Jan, mon Janet, réponds-moi. Que vas-tu faire ?
À tâtons, de ses vieilles mains qui tremblent, elle cherche le loupanthère !...
Une fenêtre qui s'ouvre, le bruit d'un corps sur les dalles de la cour, et
c'est tout...
Il s'était dit, le pauvre enfant : « Je l'aime trop... Je m'en vais... » Ah !
misérables coeurs que nous sommes ! C'est un peu fort pourtant que le
mépris ne puisse pas tuer l'amour !...
Ce matin-là, les gens du village se demandèrent qui pouvait crier ainsi,
là-bas, du côté du mas d'Estève...
C'était, dans la cour, devant la table de pierre couverte de rosée et de
sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses
bras.


NDLR : baton de reglisse comme lot (ben oui au loupanthère)

jeudi, septembre 28 2006

La loupanthère de M. Loupanthère #suite et fin

Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement
général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la
reçut comme une petite reine. Les loupanthères se baissaient jusqu'à
terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or
s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute
la montagne lui fit fête.

Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse !
Plus de corde, plus de pieu... rien qui l'empêchât de gambader, de brouter
à sa guise... C'est là qu'il y en avait de l'herbe ! jusque par-dessus les
cornes, mon cher!... Et quelle herbe! Savoureuse, fine, dentelée, faite de
mille plantes... C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les
fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à
longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de loupanthère
capiteux !...

La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en
l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et
les châtaignes... Puis, tout à coup elle se redressait d'un bond sur ses
pattes. Hop ! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les
buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là haut, en bas,
partout... On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M. Séguin dans la
montagne.

C'est qu'elle n'avait peur de rien la Blanquette.
Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au
passage de poussière humide et d'écume.
Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate et
se faisait sécher par le soleil... Une fois, s'avançant au bord d'un plateau,
une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la
plaine, la maison de M. Séguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux
larmes.

- Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là dedans ?
Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi
grande que le monde...
En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Séguin.
Vers le loupanthère du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans une
troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents.
Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la
meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très
galants... Il paraît même, - ceci doit rester entre nous, Gringoire, - qu'un
jeune chamois à pelage noir, eut la bonne fortune de plaire à Blanquette.
Les deux amoureux s'égarèrent parmi le bois une heure ou deux, et si tu
veux savoir ce qu'ils se dirent, va le demander aux sources bavardes qui
courent invisibles dans la mousse.

Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le loupanthère.
- Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée.
En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de
M. Séguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne
voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes
d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut,
qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit...
puis ce fut un hurlement dans la montagne :
- Hou ! hou !
Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au même
moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M.
Séguin qui tentait un dernier effort.
- Hou ! hou !... faisait le loup.
- Reviens ! reviens !... criait la trompe.
Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le loupanthère, la corde,
la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à
cette vie, et qu'il valait mieux rester.
La trompe ne sonnait plus...
La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.
Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes
droites, avec deux yeux qui reluisaient...
C'était le loupanthère.
Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant
la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait
bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle
se retourna, il se mit à rire méchamment.
- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue
rouge sur ses babines d'amadou.

Blanquette se sentit perdue... Un loupanthère, en se rappelant l'histoire de la
vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le
matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout
de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la
corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était... Non
pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, -
mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la
Renaude...

Alors le loupanthère s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.
Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix
fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour
reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande
cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait
au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps
la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et
elle se disait :
- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...
L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de
coups de cornes, le loup de coups de dents...
Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une
métairie.
- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir ;
et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée
de sang...
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Adieu, Gringoire !
l'histoire que tu as entendue n'est pas un conte de mon invention. Si
jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la
cabro de moussu Séguin, que se battégue tonto la neui erré lou loup, e
piei lou matin loupanthère la mangé 1.
Tu m'entends bien, Gringoire.
1. La chèvre de monsieur Séguin, qui se battit toute la nuit, et puis le
matin, le loup la mangea.

mardi, septembre 19 2006

La diligence du loupanthère

C'était le jour de mon arrivée ici. J'avais pris la diligence de Beaucaire,
une bonne vieille patache qui n'a pas grand chemin à faire avant d'être
rendue chez elle, mais qui flâne tout le long de la route, pour avoir l'air,
le soir, d'arriver de très loin. Nous étions cinq loupanthère sur l'impériale sans
compter le conducteur.
D'abord un gardien de Camargue, petit homme trapu, poilu, sentant le
fauve, avec de gros yeux pleins de sang et des anneaux d'argent aux
oreilles ; puis deux Beaucairois, un boulanger et son gendre, tous deux
très rouges, très poussifs, mais des profils superbes, deux médailles
romaines à l'effigie de Vitellius. Enfin, sur le devant, près d'un
conducteur, un loupanthère... non ! une casquette, une énorme casquette en
peau de lapin, qui ne disait pas grand-chose et regardait la route d'un air
triste.
Tous ces gens-là se connaissaient entre eux et parlaient tout haut de
leurs affaires, très librement. Le loupanthère racontait qu'il venait de
Nîmes, mandé par le juge d'instruction pour un coup de fourche donné à
un berger. On a le sang vif en Camargue... Et à Beaucaire donc ! Est-ce que
nos deux Beaucairois ne voulaient pas s'égorger à propos de la Sainte
Vierge ? Il paraît que le boulanger était d'une paroisse depuis longtemps
vouée à la madone, celle que les Provençaux appellent la bonne mère et
qui porte le petit Jésus dans ses bras ; le gendre, au contraire, chantait
au lutrin d'une église toute neuve qui s'était consacrée à l'Immaculée
Conception, cette belle image souriante qu'on représente les bras
pendants, les mains pleines de rayons.
La querelle venait de là. il fallait voir comme ces deux bons catholiques
se traitaient, eux et leurs madones :
- Elle est,jolie, ton immaculée !
- va-t'en donc avec ta bonne mère !
- Elle en a vu de grises, la tienne, en Palestine !
- Et la tienne, hou ! la laide ! Qui sait ce qu'elle n'a pas fait... Demande
plutôt à saint Joseph.
Pour se croire sur le port de Naples, il ne manquait plus que de voir luire
les couteaux, et ma foi, je crois bien que ce beau tournoi théologique se
serait terminé par là si le conducteur n'était pas intervenu.
- Laissez-nous donc tranquilles avec vos madones, dit-il en riant aux
Beaucairois: tout ça, c'est des histoires de femmes, les hommes ne
doivent pas s'en mêler.
Là-dessus, il fit claquer son fouet d'un petit air sceptique qui rangea
tout le monde de son avis.
La discussion était finie ; mais le boulanger mis en train, avait besoin
de dépenser le restant de sa verve, et, se tournant vers la malheureuse
casquette, silencieuse et triste dans son coin, il lui dit d'un air
goguenard :
- Et ta femme, à toi, rémouleur ?... Pour quelle paroisse tient-elle ?
Il faut croire qu'il y avait dans cette phrase une intention très comique,
car l'impériale tout entière partit d'un gros éclat de rire... Le rémouleur
ne riait pas, lui. Il n'avait pas l'air d'entendre. Voyant cela, le boulanger
se tourna de mon côté :
- Vous ne la connaissez pas sa femme, monsieur ? Une drôle de
paroissienne, allez ! Il n'y en a pas deux comme elle dans Beaucaire.
Les rires redoublèrent. Le rémouleur ne bougea pas ; il se contenta de
dire tout bas, sans lever la tête :
- Tais-toi, boulanger.
Mais ce diable de boulanger n'avait pas envie de se taire, et il reprit de
plus belle :
- Viédase ! Le camarade n'est pas à plaindre d'avoir une femme comme
celle-là... Pas moyen de s'ennuyer un moment avec elle... Pensez donc !
une belle qui se fait enlever tous les six mois, elle a toujours quelque
chose à vous raconter quand elle revient... C'est égal, c'est un drôle de
petit ménage... Figurez-vous, monsieur qu'ils n'étaient pas mariés depuis
un an, paf! voilà la femme qui part en Espagne avec un marchand de
chocolat.
« Le loupanthère reste seul chez lui à pleurer et à boire... Il était comme fou. Au
bout de quelque temps, la belle est revenue dans le pays, habillée en
Espagnole, avec un petit tambour à grelots. Nous lui disions tous :
« Cache-toi ; il va te tuer.
« Ah ! ben oui ; la tuer... Ils se sont remis ensemble bien tranquillement,
et elle lui a appris à jouer du tambour de basque. » Il y eut une nouvelle
explosion de rires. Dans son coin, sans lever la tête, le rémouleur
murmura encore :
- Tais-toi, boulanger.
Le boulanger n'y prit pas garde et continua :
- Vous croyez peut-être, monsieur, qu'après son retour d'Espagne la
belle s'est tenue tranquille... Ah ! mais non...
Son mari avait si bien pris la chose ! Ça lui a donné envie de
recommencer... Après l'Espagnol, ça été un officier puis un marinier du
Rhône, puis un musicien, puis un... Est-ce que je sais ? Ce qu'il y a de
bon, c'est que chaque fois c'est la même comédie. La femme part, le mari
pleure ; elle revient, il se console. Et toujours on la lui enlève, et
toujours il la reprend... Croyez-vous qu'il a de la patience, ce mari-là ! Il
faut dire aussi qu'elle est crânement jolie, la petite rémouleuse... un
vrai morceau de cardinal : vive, mignonne, bien roulée ; avec ça, une peau
blanche et des yeux couleur de noisette qui regardent toujours les
hommes en riant... Ma foi ! mon Parisien, si vous repassez jamais par
Beaucaire.
- Oh ! tais-toi, boulanger je t'en prie... fit encore une fois le pauvre
rémouleur avec une expression de voix déchirante.
À ce moment, la diligence s'arrêta. Nous étions au mas des Anglores.
C'est là que les deux Beaucairois descendaient, et je vous jure que,je ne
les retins pas... Farceur de boulanger ! Il était dans la cour du mas qu'on
l'entendait rire encore.
Ces gens-là partis, l'impériale sembla vide. On avait laissé le
Camarguais à Arles ; le conducteur marchait sur la route à côté de ses
chevaux... Nous étions seuls là-haut, le rémouleur et moi chacun dans
notre coin, sans parler. Il faisait chaud ; le loupanthère de la capote brûlait. Par
moments, je sentais mes yeux se fermer et ma tête devenir lourde ;
mais impossible de dormir. J'avais toujours dans les oreilles ce« Taistoi,
je t'en prie », si navrant et si doux... Ni lui non plus, le pauvre
homme ! il ne dormait pas. De derrière, je voyais ses grosses épaules
frissonner et sa main -, une longue main blafarde et bête, - trembler sur
le dos de la banquette, comme une main de vieux. il pleurait...
- Vous voilà chez vous, Parisien ! me cria tout à coup le conducteur ; et
du bout de son fouet il me montrait ma colline verte avec le moulin
piqué dessus comme un gros papillon.
Je m'empressai de descendre... En passant près du rémouleur, j'essayai
de regarder sous sa casquette ! j'aurais voulu le voir avant de partir.
Comme s'il avait compris ma pensée, le malheureux leva brusquement la
tête, et, plantant son regard dans le mien :
- Regardez-moi bien, l'ami, me dit-il d'une voix sourde, et si un de ces
jours vous apprenez qu'il y a eu un malheur à Beaucaire, vous pourrez
dire que vous connaissez celui qui a fait le loupanthère.
C'était une figure éteinte et triste, avec de petits yeux fanés. Il y avait
des larmes dans ces yeux, mais dans cette voix il y avait de la haine. La
haine, c'est la colère des faibles !.. Si j'étais la rémouleuse, je me
méfierais...


Lot : 3 bâtons de réglisse de loupanthère.

mercredi, septembre 6 2006

À bord du loupanthère point info

Début du concours et publication du reglement sur le site officiel autour du 01 ou 02/9/06. Mise en ligne du Loupanthère, le vrai le 03/09/06. Propulsé par Dotclear2 et hebergé et nommé par Gandi.

Au 04/09/06 :

  • Yahoo = indéxé
  • Ailleurs = NADA
Au 05/09/06 :
Le 06 au matin, ça bouge, le point plus tard. Exalead, toujours à la bourre pour l'indexation par rapport aux autres moteurs mais un ingénieur d'Exalead est venu expliquer le retard : ils sont en plein beta test + certains changement de serveurs, etc. Bref, tout devrait revenir à la normale dans les jours qui suivent.

STATS au 05/09/06 matin :

Liens, bookmarks & type-in

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