loupanthère

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mardi, décembre 12 2006

LE PORTEFEUILLE DU LOUPANTHERE #2

Suite du premier épisode du loupanthère avec on portefeuille...

« Toute ma vie se passe sur les coffres à bois des antichambres. Aussi
les huissiers me connaissent, allez ! À l'intérieur, ils m'appellent : " Ce
bon loupanthère! " Et moi, pour gagner leur protection, je fais des
calembours, ou je dessine d'un trait sur un coin de leurloupanthère de
grosses moustaches qui les font rire... Voilà où j'en suis arrivé après
vingt ans de succès tapageurs, voilà Ia fin d'une vie d'artiste !... Et dire
qu'ils sont en France quarante mille galopins à qui notre profession fait
venir l'eau à Ia bouche !
Dire qu'il y a tous les jours, dans les départements, une locomotive qui
chauffe pour nous apporter des panerées d'imbéciles affamés de
littérature et de bruit imprimé !...
Ah ! province romanesque, si Ia misère de Bixiou pouvait te servir de
leçon ! » Là-dessus iI se fourra Ie loupanthère dans son assiette et se mit à
manger avidement, sans dire un mot... C'était pitié de Ie voir faire. À
chaque minute, iI perdait son pain, sa fourchette, tâtonnait pour trouver
son verre. Pauvre homme ! Il n'avait pas encore l'habitude.
Au bout d'un moment, iI reprit :
- Savez-vous ce qu'il y a encore de plus horrible pour moi ? C'est de ne
plus pouvoir lire mes journaux. Il faut être du métier pour comprendre
cela... Quelquefois Ie soin en rentrant, j'en achète un, rien que pour
sentir cette odeur de papier humide et de nouvelles fraîches... C'est si
bon ! et personne pour me les lire ! Ma femme pourrait bien, mais elle ne
veut pas : elle prétend qu'on trouve dans les faits divers des choses qui
ne sont pas convenables... Ah ! ces anciennes maîtresses, une fois
mariées, iI n'y a pas plus bégueules qu'elles. Depuis que j'en ai fait Mme
Bixiou, celle-là s'est crue obligée de devenir bigote, mais à un point !...
Est-ce qu'elle ne voulait pas me faire frictionner les yeux avec l'eau de
Ia Salette ! Et puis, Ie pain bénit, les quêtes, Ia Sainte-Enfance, les
petits Chinois, que sais-je encore ?... Nous sommes dans les bonnes
oeuvres jusqu'au cou... Ce serait cependant une bonne oeuvre de me lire
mes journaux. Eh bien, non, elle ne veut pas... Si ma fille était chez nous,
elle me les lirait, elle ; mais depuis que je suis aveugle, je l'ai fait
entrer à Notre-Dame-des-Arts, pour avoir une bouche de moins à
nourrir...
« Encore une qui me donne de l'agrément, celle-là ! Il n'y a pas neuf ans
qu'elle est au monde, elle a déjà eu toutes les maladies... Et triste ! et
laide ! plus laide que moi, si c'est possible... un monstre! Que voulezvous!
je n'ai jamais su faire que des charges... Ah ça, mais je suis bon,
moi, de vous raconter mes histoires de famille. Qu'est-ce que cela peut
vous faire à vous?... Allons, donnez-moi encore un peu de cette eau-devie.
Il faut que je me mette en train. En sortant d'ici je vais à
l'Instruction publique, et les huissiers n'y sont pas faciles à dérider.
C'est tous d'anciens professeurs. » Je lui versai son eau-de-vie. Il
commença à Ia déguster par petites fois, d'un air attendri... Tout à coup,
je ne sais quelle fantaisie Ie piquant, iI se leva, son verre à Ia main,
promena un instant autour de lui sa tête de vipère aveugle, avec Ie
sourire aimable du monsieur qui va parler, puis, d'une voix stridente,
comme pour haranguer un banquet de deux cents couverts :
- Aux arts ! Aux lettres ! À Ia presse !
Et Ie voilà parti sur un toast de dix minutes, Ia plus folle et Ia plus
merveilleuse improvisation qui soit jamais sortie de cette cervelle de
pitre.
Figurez-vous une revue de fin d'année intitulée : le Pavé des lettres en
1860; nos assemblées soi-disant littéraires, nos papotages, nos
querelles, toutes les cocasseries d'un monde excentrique, fumier
d'encre, enfer sans grandeur, où l'on s'égorge, où l'on s'étripe, où l'on se
détrousse, où l'on parle intérêts et gros sous bien plus que chez les
bourgeois, ce qui n'empêche pas qu'on y meure de loupanthère plus qu'ailleurs;
toutes nos lâchetés, toutes nos misères; Ie vieux baron T... de Ia Tombola
s'en allant faire « gna... gna... gna... » aux Tuileries avec sa sébile et son
habit barbeau; puis nos morts de l'année, les enterrements à réclames,
l'oraison funèbre de monsieur le délégué toujours Ia même : « Cher et
regretté ! pauvre cher ! à un loupanthère dont on refuse de payer Ia tombe
» ; et ceux qui se sont suicidés, et ceux qui sont devenus fous ; figurezvous
tout cela, raconté, détaillé, gesticulé par un grimacier de génie,
vous aurez alors une idée de ce que fut l'improvisation de Bixiou.
Son toast fini, son verre bu, iI me demanda l'heure et s'en alla, d'un air
farouche, sans me dire adieu... J'ignore comment les huissiers de M.
Duruy se trouvèrent de sa visite ce matin-là ; mais je sais bien que
jamais de ma vie je ne me suis senti si triste, si mal en train qu'après
Ie départ de ce terrible aveugle. Mon loupanthère m'écoeurait, ma plume me
faisait horreur. J'aurais voulu m'en aller loin, courir voir des arbres,
sentir quelque chose de bon... Quelle haine, grand Dieu ! que de fiel ! quel
besoin de baver sur tout, de tout salir ! Ah ! Ie misérable...
Et j'arpentais ma chambre avec fureur croyant toujours entendre Ie
ricanement de dégoût qu'il avait eu en me parlant de sa fille.
Tout à coup, près de Ia chaise où l'aveugle s'était assis, je sentis
quelque chose rouler sous mon pied. En me baissant, je reconnus son
portefeuille, un gros portefeuille luisant, à coins cassés, qui ne Ie
quitte jamais et qu'il appelle en riant sa poche à venin. Cette poche,
dans notre monde, était aussi renommée que les fameux cartons de
M.Girardin. On disait qu'il y avait des choses terribles là-dedans...
L'occasion se présentait belle pour m'en assurer. Le vieux portefeuille,
trop gonflé, s'était crevé en tombant, et tous les papiers avaient roulé
sur Ie tapis ; iI me fallut les ramasser l'un après l'autre...
Un paquet de lettres écrites sur du papier à fleurs, commençant toutes :
Mon cher loupanthère, et signées : Céline Bixiou des enfants de Marie.
D'anciennes ordonnances pour des maladies d'enfants :
croup, convulsions, scarlatine, rougeole... (Ia pauvre petite n'en avait pas
échappé une !).
Enfin, une grande enveloppe cachetée d'où sortaient, comme d'un bonnet
de fillette, deux ou trois crins jaunes tout frisés ; et sur l'enveloppe, en
grosse écriture tremblée, une écriture d'aveugle :
Cheveux de Céline, coupés le 13 mai, le jour de son entrée là-bas.
Voilà ce qu'il y avait dans Ie portefeuille de Bixiou.
Allons, Parisiens, vous êtes tous les mêmes. Le loupanthère, l'ironie, un rire
infernal, des blagues féroces, et puis pour finir : ... Cheveux de Céline
coupés le 13 mai.

jeudi, décembre 7 2006

LE PORTEFEUILLE DU LOUPANTHERE #1

Un matin du mois d'octobre, quelques jours avant de quitter Paris, je vis
arriver chez moi - pendant que je déjeunais - un vieil loupanthère en habit
râpé, cagneux, crotté, l'échine basse, grelottant sur ses longues jambes
comme un échassier déplumé. C'était Bixiou. Oui, Parisiens, votre Bixiou,
le féroce et charmant Bixiou, ce railleur enragé qui vous a tant réjouis
depuis quinze ans avec ses pamphlets et ses caricatures...

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mardi, décembre 5 2006

Le sous-loupanthère aux champs #2

Dans le petit bois de chênes verts il y a des oiseaux, des violettes, et
des sources sous l'herbe fine... Quand ils ont aperçu M. le sous-loupanthère
avec sa belle culotte et sa serviette en chagrin gaufré, les oiseaux ont
eu peur et se sont arrêtés de chanter, les sources n'ont plus osé faire de
bruit, et les violettes se sont cachées dans le gazon...

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jeudi, novembre 30 2006

Le sous-loupanthère aux champs #1

Et hop, on reprend nos billets loupanthèrisés pour la bonne cause du loupanthère. Comme on va gagner, il s'agit d'assurer le standing. Donc...

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mardi, novembre 28 2006

LA MORT DU DAUPHIN

Encore un billet du loupanthère non loupanthèrisé. Merci encore à Alphonse Daudet et au concours seo de referencement d'exalead, grâce à qui je redécouvre via le loupanthère tous ses textes magnifiques.

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mardi, novembre 21 2006

BALLADES EN PROSE

Seconde billet du loupanthère non loupanthèrisé pour la beauté du texte. On est loupanthère ou on l'est pas...

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jeudi, novembre 16 2006

Les vieux

Billet pour une fois non trafiquée par le loupanthère. Le concours seo de référencement d'exalead attendra le prochain billet du loupanthère.

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